Algéciras / Ceuta (Sebta), mercredi 20 décembre 2006. Loin de l’effervescence habituelle des grands départs estivals, mon bâteau pour le Maroc quitte lentement le port d’Algéciras. Il est 14h00, heure française. Lors de notre passage devant l’imposant rocher de Gibraltar qui marque la limite entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerrannée, un dernier regard sur une Europe que je ne reverrai pas avant plusieurs mois me procure ce sentiment de liberté connu des voyageurs "au long cours". 
Seulement trente cinq minutes de traversée sont nécessaires pour rejoindre l’autre rive. 
Le débarquement s’effectuant à Ceuta (Sebta), enclave espagnole sur le sol marocain, j’ai environ 5 km de route à parcourir pour rallier le poste frontière et entrer officiellement en Afrique. Dès mon arrivée en zone de contrôle, je suis dans le bain mais pas encore tout à fait à l’aise comme un poisson dans l’eau. Soucieux pour mon matériel qui peut être à tout moment décroché d’"Akuna Matata" comme autant de cadeaux sur un sapin de Noël à roulette, j’hésite un moment à faire corps avec une foule compacte et anarchiquement organisée. Mais pas question de rester ici pour la nuit, alors je me lance. Avec ma bonne tête de touriste, je suis immédiatemment repéré et pris d’assault par des hommes au badges officiellement officieux qui cherchent à me vendre pour 10 € (rien que ça !) un simple formulaire d’entrée sur le territoire disponible gratuitement à 50 mètres en amont. D’autres vont même jusqu’à me proposer de prendre en charge mon passeport pour "m’aider" à régler les procédures administratives ! "Faudrait quand même pas aussi me prendre pour un imbécile mon frêre" !!! Une fois ces divers "pièges" déjoués et en usant un peu des coudes pour avancer, je parviens à me faufiler jusqu’au poste de police où je dois me faire tamponner mon visa mais l’affaire va durer un bon bout de temps ! Sirotant traaaaaaaanquillement son thé à la menthe dans sa "cabane de chantier", mon brigadier ne semble pas tellement disposé à risquer une foulure du poigné ! Lorsqu’il se décide à s’agiter un peu plus, c’est carrement une dizaine de passeports d’un coup (dont le miens, youpi !) qu’il récupère. Après que chacun d’eux ait été briévement examinés puis classés, mon document se retrouve au dessus du tas (re-youpi !) mais c’était sans compter avec le deuxième effet "Kiss Cool" : le retournement de la pile ! Bon bein c’est pas grave, je vais encore patienter un "chouïa" ! Je ne suis plus à ça prêt au bout de deux heures d’attente ! Mon sésame enfin en poche, il ne me reste plus que la douane à franchir. Constatant que bon nombre de camions, bus avec remorque ou estafettes privées sont invités à vider leur chargement sur un grand parking pour une ultime vérification, ma hantise est que l’on me demande de faire de même, ce qui m’ôterait définitivement tout espoir d’arriver à Tétouan avant la nuit. A 16h45 (moins une heure, heure locale) je passe sans encombres au travers des mailles du filet et entre officiellement au Maroc. |