Rallier en 8 mois, en vélo et en solitaire, Barcelone en Espagne à Porto-Novo au Bénin via le Maroc, le Sahara Occidental, la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Togo. Départ prévu le 13 septembre 2006 pour 9700 km de routes et de pistes.
L’itinéraire et la date de départ ont été fixés en tenant compte des saisons des pays traversés. Démarrer cette aventure de la capitale catalane en septembre me permettra (à priori) de bénéficier de conditions atmosphériques idéales tout au long du parcours.
Cet itinéraire n’est bien évidement pas figé. Je l’adapterai au fur et à mesure de ma progression en fonction des rencontres, des découvertes, des envies, des problèmes de sécurité ou de tout autres imprévus.
Motivations
"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait".
Nicolas Bouvier, L'Usage du Monde.
Pourquoi ce voyage ?
Qu’elle drôle d’idée me direz-vous !!! Mais pourquoi pas ?
Comme tout projet qui tient à cœur, le point de départ de cette aventure est un rêve. Pour ma part, il s’agit du désir de retourner en Afrique, sur les traces de mon enfance. Au fil du temps, cette envie s’est imposée comme une évidence. Cependant, je souhaite donner du sens à cette expérience. Tel un voyage initiatique, il m’apparaît important de devoir passer des épreuves et de franchir les obstacles un à un avant de parvenir à l’objectif fixé. Y arriver en vélo, voila un beau pari !
Il m’aura fallu plusieurs années avant de me convaincre de la faisabilité d’une telle entreprise. Franchir le cap n’aura pas été chose aisée, mais cette fois c’est décidé, je prendrai le départ en septembre. La volonté et la persévérance, qui jusqu’ici ne m’ont pas fait défaut, m’aideront à relever ce défi.
Proche de la trentaine, le moment me semble approprié pour me tester et me découvrir. Me mettre en "danger", me confronter à des difficultés et à des doutes, apprendre à m’interroger et savoir me remettre en question, sera riche d’enseignements.
Au-delà de l’aspect très personnel de cette exploration intérieure, je cherche à faire de belles rencontres en allant vers l’Autre. Communiquer, échanger des points de vue, lier amitié, partager des émotions fortes, me laisser bousculer par la différence, autant de situations espérées.
Vivre, arrêter un instant de courir après le temps et contempler le Monde pour en devenir un spectateur privilégié, c’est l’autre ambition de ce projet.
Pourquoi en Afrique ?
J’ai toujours eu une affection particulière pour ce continent. Né à Dakar, j’ai vécût toute mon enfance en Afrique et j’en ai été profondément marqué. Au cours de ces dernières années, le désir de retourner aux sources s’est régulièrement manifesté, et de façon de plus en plus pressante. Il n’était donc pas imaginable que je choisisse une autre destination pour cette aventure.
A travers le carnet de route que je rédigerai tout au long de mon parcours, j’essayerai de combattre les idées reçues sur ces pays du sud. J’aimerais pouvoir témoigner de leurs richesses et de leur diversité. Guerres, famines, épidémies et pauvreté sont certes de bien tristes réalités dans ces régions du Monde, mais l’Afrique est loin d’être uniquement cela.
L’une de ses principales richesses est certainement sa population et les valeurs humaines qu’elle se transmet de générations en générations. Tolérance, respect, hospitalité, partage et entraide ne sont pas que des mots, mais un mode de vie. Nous avons sur ce point beaucoup à (ré)apprendre des africains. Leur philosophie est également un exemple à suivre. L’espoir et la joie de vivre sont des moteurs permanents. En toutes circonstances, ils savent rester dignes et optimistes.
Leur grande ingéniosité est fascinante. Avec le peu de choses dont ils disposent, ils ont acquis une véritable culture de la "débrouille". "Rien ne se perd, tout se transforme" (Lavoisier ne serait-il pas noir ?). A partir de bric et de broc, ils font des merveilles. En inventant le recyclage, ils ont été "in" bien avant nous autres, occidentaux !!!
L’Afrique, c’est aussi et bien sûr ses paysages somptueux, sa faune et sa flore extrêmement variée qu’il est urgent de préserver.
Pourquoi en vélo ?
Plus lent que l’automobile mais plus rapide que la marche, ce moyen de locomotion très utilisé en Afrique m’offrira un rythme de progression propice à la découverte. Il me permettra de totalement m’immerger au cœur des pays traversés et de davantage m’imprégner de la vie locale.
C’est aussi un formidable instrument de communication, vecteur de rencontres. A son passage, il suscite toujours curiosité, interrogation, amusement, émerveillement et sourires. Perçu avec bienveillance par la population, il m’aidera à faire tomber les barrières et à entamer un dialogue.
Silencieux, esthétique, ne polluant pas l’atmosphère, et d’un coût relativement peu élevé, le vélo est certainement l’une des meilleures façons de voyager écologique et économique.
Enfin, l’autonomie et le plaisir que procure l’utilisation de ce moyen de transport feront naître en moi comme un parfum de liberté.
Pourquoi en solitaire ?
Partir seul, c’est sans aucun doute la meilleure façon de vivre pleinement un voyage initiatique et d’en revenir différent.
Tout les sens en éveil, je serai confronté à des situations particulières auxquelles j’aurai à faire face et qui me feront grandir.
Conscient que les moments de solitude pourront être nombreux, longs, parfois difficiles, ils resteront une occasion unique de réflexion et de méditation sur ce qui se passe autour de moi et en moi. Cette aventure intérieure me permettra de mieux me connaître, d’expérimenter mes propres limites et d’essayer de les dépasser.
Le fait d’être seul contribuera un peu plus à favoriser les rencontres. Cela me poussera à davantage aller vers les autres et attirera certainement plus facilement les autres vers moi.
Voyager seul, c’est enfin être totalement indépendant. Je pourrai avancer à mon rythme, m’arrêter plus ou moins longtemps dans tel ou tel endroit, et changer d’itinéraire au grès de mes envies. Mais peut-on réellement se retrouver totalement seul en Afrique ?